Les carrières de calcaire Martineau

Une collaboration spéciale de Guy Gaudreau

liremaville.com

Il y a un siècle, le plus connu des exploitants de carrières de Montréal était sans contredit Joseph Onésime Martineau. À partir de 1904, son nom de famille  a été associé à cette activité pendant une quarantaine d’années au cours desquelles  une demi-douzaine de sites seront exploités.

Joseph Onésime Martineau. - 23 décembre 1922. Journal La Patrie.

Joseph Onésime Martineau.

L’histoire des carrières de Montréal ne pouvait pas faire abstraction de sa contribution et de celle de sa famille. Nous avons  cherché à identifier et comprendre les grandes étapes d’une histoire qui avait été jusqu’à maintenant à peine esquissée. On commence par la période précédant son entrée en scène en tant que producteur de calcaire, puis on s’attarde à l’exploitation des trois principaux sites, dont le premier n’a jamais eu de nom précis mais que nous avons baptisé la carrière De Lorimier.  Suit ensuite la carrière Rosemont, localisée au parc Lafond d’aujourd’hui, qui sera abordée en deux parties. Bien sûr, il sera question de la carrière Papineau qui servira à former le parc Marquette, sans doute celle qui a laissé le plus de témoignages visuels.

Un entrepreneur en maçonnerie, 1884-1904

Après avoir vécu brièvement et s’être marié au Wisconsin, Joseph Onésime Martineau, revient au Québec et en 1884,  il obtient avec un partenaire le contrat pour la construction de la basilique mineure Sainte-Anne de Varennes. Ce contrat s’ajoute à d’autres obtenus à cette époque qui lui permettent de s’illustrer en tant que maître d’œuvre de gros chantiers de construction, comme celui de l’église de Saint-Joseph-du-Lac (1880-1885) ou celui de l’église Saint-Henri-de-Mascouche (1881-1885). Selon le recensement de 1891, son ménage, installé à Varennes, compte  huit enfants de même qu’une bonne. La famille, visiblement à l’aise financièrement, déménage à Montréal en septembre 1891 et s’installe dans une grande propriété avec une maison en façade en pierre de taille, au 1062 rue Saint-Denis, près de Marie-Anne. Achetée au prix de 7 000 $, la maison servira de résidence familiale pendant plus de 30 ans. Si on en croit les petites annonces et les recensements, une bonne y vivra longtemps. En somme, un train de vie de notable nettement supérieur à celui de la classe ouvrière.

fig1-Martineau-contrat-monastère_juillet1895Dans les annuaires municipaux de cette époque, il se déclare entrepreneur en maçonnerie et, après son déménagement, il engrange rapidement d’autres contrats importants auprès de communautés et d’institutions religieuses à Montréal, mais également en région, alors qu’il se spécialise dans la construction d’églises, comme le mentionnent quelques articles parus à son décès. Seulement en 1895, il ajoute à son palmarès l’église Immaculée-Conception, une école pour les dames de la Congrégation Notre-Dame rue Roy et le monastère des Carmélites, rue du Carmel. Des travaux de maçonnerie qu’on peut, pour la plupart, encore admirer aujourd’hui et qui commandent l’embauche de nombreux ouvriers et maçons.

Son nom est régulièrement mentionné dans les transactions immobilières au tournant du XXe siècle, si on en croit la revue Le Prix Courant. À son actif, s’ajoutent des achats de terrains pour y construire une maison et la revendre, de même que des terrains achetés à des fins spéculatives. Il peut se montrer patient et attendre quelques années comme c’est le cas de deux terrains vacants de la rue Saint-André, achetés 1 000 $ en 1898 et revendus sous la forme d’un duplex briqueté, l’un en 1905 pour 3 000 $ et l’autre l’année suivante 3 100 $. Ce qui frappe dans ses transactions, ce sont les liquidités dont il dispose et  l’ampleur des sommes en jeu, nettement supérieures aux transactions courantes. Ainsi en 1899, il achète une maison rue Notre-Dame au prix non négligeable de 20 000$ qu’il revend six ans plus tard sans faire apparemment de bénéfice. Toujours en 1899, il se départit en une transaction de  16 terrains pour une valeur de 10 000 $. Les sommes sont à la mesure des contrats de maçonnerie qu’il décroche.

fig2-Martineau-etfils-1899À compter de 1898, son fils aîné, alors âgé de 23 ans et qui porte le même prénom, se joint officiellement à ses affaires en devenant partenaire. Père et fils se distingueront rapidement, optant pour des prénoms distincts: le père devient Onésime, tandis que le fils se présente comme Joseph O. ou tout simplement Joseph.  Peu après, les deux partenaires font affaire sous le nom de O. Martineau & Fils, comme le montre un projet de construction domiciliaire annoncé dans Le Prix Courant.

L’examen du recensement de 1901, tenu en avril, nous apprend que le ménage du père compte maintenant son épouse, 9 enfants, une domestique et un pensionnaire vraisemblablement homme à tout faire. Le fils aîné, qui a quitté la résidence des parents pour fonder sa propre famille, vit dans le même quartier avec son épouse et un bébé naissant.

Une carrière louée : la carrière De Lorimier, 1904-1913

fig3-Martineau-MorissonC’est en 1904 qu’il se lance dans l’exploitation de carrière, alors qu’il fonde avec son fils Joseph Onésime, la société Morrison Quarry Co. La répartition du capital-actions dévoilée en 1908 nous permet de savoir que le duo contrôle, à part égale, 95% du capital-actions et qu’un autre fils, Rosario, est impliqué dans l’entreprise familiale, ce qui est d’ailleurs confirmé par le recensement de 1911, alors que les trois se disent contracteurs. On ne connaît pas l’origine du nom de la société qu’on trouve souvent mentionné, mais puisque d’une part, ils sont pour ainsi dire les seuls actionnaires et que d’autre part, une petite ville du Wisconsin porte ce nom et qu’ils ont vécu dans cet État, le nom de l’entreprise évoque peut-être leur séjour étatsunien.

La première mention relatant leurs activités à titre d’exploitant remonte au moment de la formation de la Morrison Quarry alors qu’ils font paraître pendant quelques semaines, à compter du 8 juillet, une annonce dans La Presse à l’effet que leur entreprise dispose de fig4-Martineau-début-1904gravier pouvant servir à des usages variés et notamment « pour béton et macadam ». Cette période du début du XXe siècle  avec l’industrie naissante du béton et  les travaux de pavage des rues et des routes est marquée par une forte croissance de la demande non pas en pierre de taille mais en gravier de toutes sortes. C’est dans ce contexte d’élargissement du marché que les Martineau passent d’entrepreneurs en maçonnerie, bien au fait du marché de la construction,  à exploitants de carrière.

Mais de quelle carrière s’agit-il?  Le site qu’ils exploitent alors est situé à proximité de la rue De Lorimier entre Gilford et Saint-Jérôme, un site visité lors d’enquêtes gouvernementales en 1907, 1910 et 1913 et décrit comme étant composé d’un type de calcaire appelé banc rouge.  Le site est exploité pendant une dizaine d’années, bien que les Martineau n’en soient pas propriétaires car ils le louent auprès de la famille Lionnais. D’abord seulement pour un an, histoire sans doute de voir si ce projet sera rentable. L’année suivante, ils signent un bail qui se termine le 1er avril 1909 et qui sera renouvelé.

fig5-De Lorimier

Il faut retenir que ce sont uniquement les couches de banc rouge qui les intéresse  au départ afin de produire de la pierre concassée.   Comme l’indique l’enquête fédérale publiée en 1908 : « The demand will continue to increase as the production of cement increases » (RMMIC, p. 877). Il semble qu’il n’y ait jamais eu sur ce site de production de pierre de taille, ou du moins on n’en fait nullement mention dans les trois rapports cités précédemment. Les équipements sur place décrits dans ces rapports vont dans le même sens, car on y trouve des concasseurs et des foreuses mécaniques. Les pierres sont « minées », comme on le dit à l’époque, c’est-à-dire forées mécaniquement puis dynamitées, « et envoyées au concasseur » (Valiquette, p. 72).

La méthode employée pour transporter le calcaire vers les concasseurs est traditionnelle : elle s’appuie sur le travail de charretiers, comme le confirme une autre photographie prise vers 1910 sur laquelle on distingue difficilement des charretiers et des chevaux. Comparativement à la méthode mise en place à la nouvelle carrière Rhéaume décrite par Valiquette (p. 73-74), le procédé  paraît moins productif, ce qui a sans doute contribué à l’abandon du site.

La carrière Rosemont, 1914-1920

Comme l’indique l’acte de vente, c’est officiellement le 21 juillet 1914, mais dans les faits le 1er mai 1914, que les Martineau deviennent propriétaires d’une section de 23 arpents de la terre 177 de la Côte de la Visitation où ils ouvrent une nouvelle carrière, plus moderne. Une date de démarrage qui s’harmonise avec la fermeture probable de la carrière De Lorimier quelques mois plus tôt. Le coût d’achat est toutefois très élevé puisque le montant fixé est de 130 000 $, payé au complet à la signature, ce qui souligne une aisance financière certaine.

fig6-Concasseur-MartineauUne photographie du site, quoique publiée tardivement en 1930, montre  d’impressionnants bâtiments dédiés au concassage et en bas vers la gauche, une organisation du travail bien différente avec la présence de deux réseaux de rail parallèles qui aboutissent au pied des concasseurs. On comprend alors que des wagonnets qu’on a remplis de roches de calcaire sont poussés par des journaliers casseurs de pierre, un système qui ne requiert plus la présence de charretiers.

Henri Gauthier du ministère fédéral des Mines, qui a visité le site vers 1920, a laissé une description qui confirme que la carrière est alors destinée uniquement à la production de pierres concassées comme à la carrière De Lorimier dont elle est en quelque sorte le prolongement géologique. «Tout le banc rouge est exploité pour de la pierre concassée, mais une partie du calcaire se vend comme pierraille» (p. 32).

Revenons maintenant quelques années en arrière, en s’intéressant à la carrière Papineau. Une carrière de nature différente et dont l’histoire permettra de revenir ensuite sur la carrière Rosemont.

La carrière Papineau, 1905-1930

Tout en maintenant le gros de leurs activités à la carrière De Lorimier, Onésime et son fils  se portent acquéreurs, en novembre 1905, d’une ferme rue Des Carrières (le lot cadastral no 2 du village de Côte Saint-Louis). Un site qui sera rapidement exploité. Le coût est fixé à 30 000 $ et, à la signature, ils versent 12 000 $ comptant. La ferme était auparavant louée à un agriculteur et est décrite comme étant « partiellement exploitée comme carrière », sans qu’il soit précisé par qui.

À leur arrivée, ils orientent  la production vers la pierre concassée qu’ils produisent déjà à la carrière De Lorimier, afin d’exploiter les couches de calcaire en surface, en s’appuyant, comme ils le font à la carrière De Lorimier, sur le travail de charretiers. À cet effet, l’enquête de 1907 ne mentionne aucune autre production. Mais trois ans plus tard, le site a diversifié son offre puisqu’il « fournit une bonne quantité de pierre à bâtir qui est taillée à la carrière même…» (Valiquette, p.71-72). On pourrait même avancer que cette production a commencé très modestement en 1907 alors que les travaux s’amorcent à l’église Saint-Édouard et que les Martineau en auraient obtenu le contrat d’approvisionnement en pierre de taille. Un contrat d’une valeur de 125 000 $ selon une source de l’archevêché de Montréal.

Lors d’une autre visite de la carrière en 1913, on comprend que les Martineau ont entretemps beaucoup investi pour produire de manière industrielle la pierre de taille. En effet, le site comprend deux grands bâtiments équipés d’un pont roulant de 20 tonnes, de scies à diamant, de foreuses pour la taille des pierres, etc. (Parks, p.  39-40). On est loin ici de la taille traditionnelle de la pierre qui est pourtant encore pratiquée à la carrière Villeray.

Carrière Martineau. Photo d'Edgar Gariépy. - 22 octobre 1948. BM42-G1407. Archives de la Ville de Montréal.

Carrière Martineau. Photo d’Edgar Gariépy. – 22 octobre 1948. BM42-G1407. Archives de la Ville de Montréal.

Le site, dont on peut admirer ici la profondeur atteinte à la fin de sa vie utile, sera exploité pour la pierre de taille pendant une douzaine d’années tout au plus, engrangeant quelques contrats qui ont laissé des témoignages encore visibles aujourd’hui comme le bâtiment du marché Maisonneuve (Parks, p. 40). L’enquête fédérale de 1920 précise que cette production est chose du passé (Gauthier, p.30). En fait, elle  a été transférée cette année-là avec ses équipements vers la carrière Rosemont. Tout au long des années suivantes, la carrière ne produit en fait que du gravier grâce à un imposant bâtiment abritant les concasseurs et en s’appuyant encore sur le travail de charretiers, si on en croit les accidents de travail survenus dont on glissera un mot à la fin.

fig7-concasseur-1924-planche422-couleur-OKCe bâtiment des concasseurs, dessiné  sur la planche 422 du plan d’assurance incendie de 1924 (flèche rouge), atteint  une hauteur de 75 pieds et on peut apercevoir, à la verticale, un long convoyeur surélevé et couvert à 50 pieds du sol (flèche verte) qui permet d’acheminer la pierre concassée déposée en tas loin des concasseurs. On peut mieux se les représenter à l’aide de deux photographies prises à la même époque, comme la photographie aérienne captée en 1925 ou encore avec cette photographie prise vers 1920 d’une carrière voisine sur laquelle on voit au loin se profiler le bâtiment des concasseurs et son convoyeur.

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Un bilan de la production des carrières de 1930, publié dans La Presse et portant sur le territoire de la ville de  Montréal indique que les sites Papineau et Rosemont ont extrait 250 000 tonnes de pierres concassées sur les 700 000 produites cette année-là.  Le même bilan fait peu de cas cependant  de la pierre de taille, devenue une production marginale; seule celle extraite sur le territoire de la ville de Montréal, comme celle de la carrière Villeray est rapportée.

La carrière Rosemont, 1920-1945

fig11-Lafond-plan-du-site-corrigé-ellipse2Tout au long des années 1920, les Martineau vont néanmoins continuer à produire de la pierre de taille mais qui sera extraite d’abord à partir d’un site loué dans la future carrière Miron de ville Saint-Michel (Gauthier, p. 26).  La finition de la pierre est effectuée non plus à la carrière Papineau comme c’était le cas tout au cours des années 1910, mais à la carrière Rosemont où ils disposent  d’un grand terrain en retrait du site d’extraction proprement dit (ellipse rose) et où deux grands ateliers (ellipses bleues)  apparaissent sur une autre planche du plan d’assurance incendie de novembre 1929, mais également sur une photographie aérienne captée en 1925. Juste au nord des ateliers Angus, le site est relié à la voie ferroviaire du Canadien Pacifique permettant d’y acheminer les lourds blocs de calcaire.

fig12-Quatre-Carrrières-1936Cette activité de taille est maintenue grâce à deux achats de propriétés payées comptant en 1927 et en 1931, au coût respectif de 7 000 $ et de 13 000 $. La première est une carrière partiellement équipée achetée dans la région de Saint-Marc-des-Carrières, plus précisément dans le village de Saint-Alban. L’autre, d’une soixantaine d’arpents,  est située à Laval, dans ce qu’on appelle à l’époque le village Bélanger et que les Martineau vont baptiser la carrière Saint-Christophe. Dans les deux cas, il s’agit de sites qui présentent des bancs de pierre de belles  épaisseurs et  d’excellente qualité de sorte qu’encore en 1934, les deux sont en activité et ce, pour quelques années encore afin de répondre, par exemple, à des commandes bien précises d’institutions, comme l’Institut neurologique de Montréal, l’agrandissement des hôtels de ville de Montréal et de Saint-Hyacinthe.

Des carrières devenues dépotoirs

Comme on peut le penser, la  crise des années 1930 va entraîner non pas un arrêt mais une chute brutale de la demande dans les travaux de voirie et dans la production de béton. Sans lien nécessairement avec la crise, la Ville arrive à une première entente avec les Martineau en 1931 au sujet de la carrière Papineau. Elle peut ainsi combler  une partie du site afin de prolonger le boulevard Rosemont, ce qui sera terminé deux ans plus tard.  La carrière se présente par la suite en deux parties et poursuit ses activités tandis que le site d’extraction de Rosemont est inactif à tout le moins en 1934 (Goudge, p. 112 et 114).

Finalement, en novembre 1938, la Ville de Montréal exproprie les Martineau en se portant acquéreur du site Papineau –mais non des bâtiments et de la machinerie– pour la somme de 100 000$. Une clause de la vente autorise néanmoins  l’entreprise à exploiter sans frais le site nord au plus tard jusqu’au 30 avril 1944.  Si la carrière côté sud devient un dépotoir dès l’automne 1938, (qui sera rempli en 1946), la partie nord qu’on voit ici photographiée en 1948 le devient à son tour à compter de 1949 jusqu’en décembre 1954 effaçant ainsi des traces d’un travail séculaire.

Montréal : carrière Martineau et Rogers, coin des rues de Bellechasse et Papineau / Photo d'Edgar Gariépy . - 22 octobre 1948. BM42-G1408. Archives de la Ville de Montréal.

Montréal : carrière Martineau et Rogers, coin des rues de Bellechasse et Papineau / Photo d’Edgar Gariépy . – 22 octobre 1948. BM42-G1408. Archives de la Ville de Montréal.

Cela dit, nous croyons que  c’est la guerre qui met  une fin brutale aux activités de taille de la carrière Rosemont. En tout état de cause, les Martineau vendent  en 1945 à ce qui semble être des gens extérieurs à la famille  cette propriété avec tous ses équipements pour la somme de 275 000 $. Deux ans plus tard, le site d’extraction sera exproprié par la métropole pour la somme de 140 000 $ pour devenir à son tour un dépotoir jusqu’en 1952.

Du calcaire et des hommes

En prenant un peu de recul en conclusion, il nous paraît paradoxal que ce soit  la production de gravier et de pierres concassées largement dominante dans toute la durée de vie des carrières Papineau et Rosemont qui a donné une deuxième vie à la production de pierre de taille. Une activité  qui devient rapidement  industrielle et qui se distingue des rares producteurs de pierre encore en affaire. Cette production, dotée de moyens mécaniques modernes, a eu lieu pendant une douzaine d’années de 1907 à 1920 en exploitant des bancs de pierre de la carrière Papineau, mais aussi à Rosemont pendant une vingtaine d’années, soit de 1920 à 1941, grâce cette fois à une stratégie d’approvisionnement en provenance de l’extérieur de la métropole.

Tout ce calcaire n’a pas été extrait par les Martineau mais par les quelque 200 ouvriers à leur service qui y ont trouvé un travail annuel. Leur contribution leur donne assurément voix au chapitre car certains y ont laissé leur vie tandis que d’autres ont été estropiés temporairement ou de manière permanente. Les données sur les accidents survenus dans les mines et carrières du Québec de cette période sont bien inégales non seulement en raison d’une présentation irrégulière et changeante, mais également à cause de l’assiduité variable des exploitants à remettre les rapports d’accidents. S’il semble que tous les accidents mortels survenus aient été déclarés entre 1910 et 1930, les Martineau ont souvent négligé de rapporter les accidents non mortels, c’est-à-dire ceux qui entraînent une perte d’au moins une semaine de travail. Quel est leur bilan au cours de ces 20 ans?

fig14-Accident-mortelIl ne faudrait pas oublier au départ qu’on compte 9 travailleurs décédés. Nous savons avec certitude que 8 d’entre eux oeuvraient à la carrière Rosemont. La Grande Faucheuse aurait pour ainsi dire épargné les autres sites? À chaque fois, l’usage d’explosifs est en cause. Pendant 5 ans, entre 1920 et 1925 (sauf peut-être en 1921), les Martineau paraissent assidus dans leurs déclarations d’accidents non mortels de sorte qu’on peut se faire une idée des occupations risquées. Les casseurs de pierre et les charretiers dominent nettement, car ils manipulent des pierres lourdes, instables qui coupent et écrasent des mains et des pieds. Peu de travailleurs dans les ateliers sont impliqués, quoique ceux de la pierre de taille de la carrière Rosemont blessent 4 ouvriers au cours de l’année 1922. Le travail dans les carrières de Montréal est-il plus dangereux qu’ailleurs? Pas vraiment, car on risque autant sinon plus sa vie dans les mines, les chantiers de construction et le travail en forêt, pour n’en nommer que trois.

Si nous avons à Montréal un bel éventail de bâtiments de pierre ou en façade de pierre, qui témoignent du labeur des tailleurs de pierre, il est dommage qu’on ne puisse pas visiter une ancienne carrière, comme on souhaitait le faire pour la carrière Papineau à la fin des années 1930; cela aurait pu évoquer le travail des carriers, des charretiers et des casseurs de pierre.

***

Pour en savoir plus

Certains documents textuels aux archives de la Ville de Montréal

Quelques références

  • « Feu M.O, Martineau », La Presse, 23 décembre 1922, p. 55.
  • « Entrepreneur bien connu qui meurt », La Patrie, 23 décembre 1922, p. 7.
  • « Les carrières produisent 700 000 tonnes de pierre annuellement à Montréal », La Presse, 7 octobre 1930, p. 13.
  • « Décès de Monsieur Onésime Martineau », Le Canada, 23 décembre 1922, p. 12.
  • Guy Gaudreau, « Prélude à la découverte de la carrière Rhéaume : le travail traditionnel dans les carrières de calcaire de Montréal », à paraître à l’automne 2021 dans Le Bulletin, Société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie, vol. 19 no 3.
  • Marie Brisebois et Louis Delagrave, Rosemont-La Petite-Patrie. Il y a longtemps que je t’aime, Montréal, Éditions Histoire Québec, 2017.
  • Onésime Martineau et les recensements canadiens
    • Recensement de 1871, district de Soulanges (110), sous-district St-Clet, p. 14.
    • Recensement de 1881, district de Soulanges (74), sous-district St-Télesphore, p. 5.
    • Recensement de 1891, district de Verchères (195), sous-district de Varennes (G), p. 19.
    • Recensement de 1901, district de Maisonneuve, sous-district Saint-Jean-Baptiste (F) , p. 7.
    • Recensement de 1911, district de Maisonneuve (172), sous-district 80, p. 6.
    • Recensement de 1921, district Georges-Étienne-Cartier (166), sous-district 24, p. 7.
  • Les carrières de calcaire de Montréal vues par les ministères des mines à Ottawa et à Québec
    • Report on the Mining and Metallurgical Industries of Canada, 1907-1908 [RMMIC], Ottawa, ministère des Mines, 1908.
    • J. H. Valiquette, « Rapport sur les carrières de Montréal », Rapport sur les opérations minières dans la province de Québec durant l’année 1911, p. 58-80.
    • Wm A. Parks, Rapport sur les Pierres de construction et d’Ornement du Canada, volume III, Province de Québec, Ottawa, ministère des Mines, 1916, rapport no 389.
    • Henri Gauthier, Matériaux de voirie dans la ville et le district de Montréal (Québec), Ottawa, ministère des Mines, 1920.
    • M.-F. Goudge, Les calcaires du Canada. Gisements et caractéristiques. Partie III Québec, Ottawa, ministère des Mines, 1935.

Les carrières Martineau dessinées et photographiées

  • Dans les plans d’assurance incendie de la ville de Montréal
    • Planche 422 du volume VI, août 1924.
    • Planche 452 du volume VI, novembre 1929 et révisé en janvier 1946.
  • Dans les publications officielles
    • Rapport sur les opérations minières dans la province de Québec durant  l’année 1911, gravure I et III.
    • Rapport sur les opérations minières dans  la province de Québec durant  l’année 1930, planche hors-texte.
  • Au Musée McCord
    • « Camions, Montreal Quarry Ltd », MP-0000.587.1.

Quelques transactions majeures de la famille Martineau dans les registres fonciers

  • Acte de vente du 15 septembre 1891, enregistré au district de Hochelaga-Jacques-Cartier sous le no 39588
  • Acte de vente du 30 novembre 1905, enregistré au district de Hochelaga-Jacques-Cartier sous le no 118647
  • Acte de vente du 21 juillet 1914, enregistré au district de Hochelaga-Jacques-Cartier sous le no 278938
  • Acte de vente du  5 mars 1927 enregistré au district de Portneuf sous le no 78345-RA.
  • Acte de vente du 28 septembre 1931 enregistré au district de Laval sous le no 43595-RA.
  • Acte de vente du 28 novembre 1938 enregistré au district de Montréal sous le no 444624.
  • Acte de vente du 12 octobre 1945, enregistré au district de Montréal sous le no 630394.
  • Acte de vente du  13 août 1947, enregistré au district de Montréal sous le no 708191.

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