Chronique Montréalité no 14 – Brève histoire des ruelles de Montréal

Depuis le 22 septembre, à tous les lundis et pour une deuxième saison, une chronique des Archives de Montréal est présentée à l’émission Montréalité sur la chaîne MAtv (http://montrealite.tv/).  Vous pourrez revoir les archives sélectionnées et aussi lire les informations diffusées et inédites. Regardez notre chronique à la télé et venez lire notre article sur archivesdemontreal.com

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Une ruelle exemplaire, 5 avril 1966, VM94-C0824-003

Une ruelle exemplaire, 5 avril 1966, VM94-C0824-003

De la Nouvelle-France à la fin du 18e siècle

Les ruelles étaient inexistantes dans le Montréal de la Nouvelle-France et jusqu’à la fin du 18e siècle en raison de la faible densité du développement urbain.

Vers 1800, avec l’essor de Montréal, on assiste à la création de petites rues qui portent parfois le nom de ruelles. Elles sont souvent étroites et mènent à un cul-de-sac mais elles servent d’accès principal à des maisons. Certaines existent toujours comme la rue de la Capitale ou la ruelle des Fortifications.

Petite rue du Vieux-Montréal, vers 1917. BM42-G0860

Petite rue du Vieux-Montréal, vers 1917. BM42-G0860

C’est aussi à cette époque de densification qu’apparaît la porte cochère pour accéder à l’arrière des bâtiments.

Cour arrière avec porte cochère du Red Light, 1957, VM94-40_2-097

Cour arrière avec porte cochère du Red Light, 1957, VM94-40_2-097

La ruelle comme desserte arrière

La ruelle telle que nous la connaissons aujourd’hui n’apparaît pas dans les quartiers populaires mais plutôt dans les quartiers riches, soit dans le centre-ville actuel, durant la décennie 1840. On procède alors au lotissement de la ferme McTavish entre les rues Sherbrooke et Sainte-Catherine Ouest, Mansfield et Stanley.

Plan Goad,  003_3216544_0062

Plan Goad, 1926, 003_3216544_0062

Comme les terrains sont étroits et les maisons en rangées, on divise le tout en ilots desservis par des ruelles en forme de lettre «H» pour accéder aux écuries et aux logements des cochers. À compter de 1910, ce sont les automobiles qui commencent à prendre la place des chevaux.

Dans les quartiers ouvriers

Comme les quartiers ouvriers deviennent de plus en plus densifiés, les propriétaires vont tout d’abord faire construire des logements dans les cours arrière accessibles par une porte cochère.

C’est à partir de 1870 que la ruelle se développe dans les quartiers industriels, principalement dans la municipalité d’Hochelaga.  À la même époque, les ruelles se développent en plus grand nombre dans le Golden Square Mile et sur le Plateau Mont-Royal. Sur le Plateau, on a donc des ruelles bourgeoises et des ruelles ouvrières.

À partir de 1890 et jusque vers 1919, les ruelles sont partout, dans Rosemont, dans Mercier, dans Notre-Dame-de-Grâce ou Villeray.

Répertoire des voies publiques, 004_VP-3-7

Répertoire des voies publiques, 004_VP-3-7

À compter des années 1940 et 1950, la ruelle disparaît des nouveaux développements.
Elles deviennent graduellement le lieu des vendeurs ambulants comme les affuteurs de couteaux, le lieu où se fait la livraison de mazout et un terrain de jeux pour les enfants du baby boom.

Ruelle et cour arrière du Red Light, 1957, VM94-40_2-090

Ruelle et cour arrière du Red Light, 1957, VM94-40_2-090

Un lieu dangereux?

Les ruelles non pavées, non éclairées, avec leurs hangars peuvent être des lieux sombres et des endroits de criminalité. En 1944, un sergent-détective y est abattu par des cambrioleurs qui y sévissent.

Ruelle derrière le 8418 de la rue Berri où a été assassiné le sergent-détective Henry Farmer par deux cambrioleurs, 17 mars 1944, VM95-Y-1-1-1_1-001

Ruelle derrière le 8418 de la rue Berri où a été assassiné le sergent-détective Henry Farmer par deux cambrioleurs, 17 mars 1944, VM95-Y-1-1-1_1-001

Au début des années 1960, la ruelle montréalaise a mauvaise réputation chez certains fonctionnaires municipaux et le mot prend un sens péjoratif.

«..on a immédiatement l’idée d’une voie de service sombre et nauséabonde, au sous-sol sillonné de tunnels de rats, étranglée dans un corset de derrières de maisons, de hangars délabrés et de clôtures de bois pourri, pavé de débris de toutes sortes, zigzaguée de cordes d’où pend du linge dégoutant, restaurant des chiens errants qui se régalent avant l’arrivée des vidangeurs, scène des chorales de chats de gouttières qui exécutent des sérénades ou des nocturnes larmoyantes et lugubres, poste de guet ou refuge des voleurs, escale des ivrognes et lieux d’aisance des noctambules»

Ruelle de Goose Village, 1963, VM94-C270-0247

Ruelle de Goose Village, 1963, VM94-C270-0247

Revitalisation

Au début des années 1980, sous l’administration du maire Jean Drapeau et du président du comité exécutif, Yvon Lamarre, la Ville de Montréal met sur pied deux programmes : Opération Tournesol et Place au Soleil.

Opération Tournesol est un programme de subventions visant la démolition des hangars dans les cours arrière parce trop souvent vétustes et qu’ils représentent de grands risques d’incendies. En 1989, ce sont plus de 35 000 hangars qui ont été démolis.

Ruelle des années 1970, VM4-Y-2_070-008

Ruelle des années 1970, VM4-Y-2_070-008

L’opération Place au Soleil permet, après l’élimination des hangars, de transformer les ruelles en petits parcs et d’améliorer ainsi la qualité de vie des citoyens. Jusqu’à l’abandon du programme en 1988, en raison des coûts, ce sont 58 ruelles qui sont aménagées.

Dépliant de l'Opération Place au Soleil, années 1980, VM6-D2090-A-4

Dépliant de l’Opération Place au Soleil, années 1980, VM6-D2090-A-4

Depuis 1997, des projets de ruelles vertes ont vu le jour notamment sur Le Plateau Mont-Royal mais aussi dans Rosemont-Petite-Patrie, dans Centre-Sud ou dans Hochelaga-Maisonneuve. Dans ce dernier quartier, la ruelle animée du Dr Julien est incontournable. Les ruelles ont donc un riche passé mais aussi un bel avenir.

Ruelle de Montréal, 1962,  VM105-Y-3_655-004

Ruelle de Montréal, 1962, VM105-Y-3_655-004

Sources :

Sirois-Charron, Liette. Les ruelles à Montréal, une ressource à gérer. Rapport d’activité présenté à l’ENAP, à l’INRS et à l’UQAM en vue de l’obtention de la Maîtrise en analyse et gestion urbaines. Montréal, 1991. 213 pages.

Centre d’histoire de Montréal. Montréal Clic. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=2497,3090450&_dad=portal&_schema=PORTAL

Comtois, Pierres-Yves. «L’histoire des ruelles», 2008. http://ruelleverte.com/2008/04/15/lhistoire-des-ruelles/

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6 réponses à Chronique Montréalité no 14 – Brève histoire des ruelles de Montréal

  1. Cathy Fuoco dit :

    Merci pour ce brin d’histoire. Très intéressant!

    Cathy

  2. ginette reed dit :

    bonjour avez vs des souvenirs des champs avec de grandes annonces sur la rue lacasse et notre dame svp merci d avance

    • Anick Forest Bonin dit :

      Bonjour,

      Nos outils de recherche ne nous permettent pas de répondre à cette question facilement. Si vous vous intéressez vraiment aux affiches publicitaires je suggère de vous présenter à notre salle de consultation. Le seul moyen est de visionner des photographies des rues Lacasse et Notre-Dame dans les années où on pouvait y retrouver des affiches publicitaires et, avec de la chance, en trouver quelques-unes.

      Cordialement,

  3. Ping : Itinéraire pour une balade à vélo dans les ruelles vertes | Les Urbanités

  4. Maryse ste- croix dit :

    Bonjour, quand j’étais petite à Montréal dans les années 70 il y avait des vendeurs de crème glacée ambulants.
    Je ne retrouve aucune archive de ce fait, est- ce que vous en possedez?
    Merci!

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