Un des premiers gratte-ciels montréalais de style Art déco : l’édifice Aldred

Dessin architecturale de l'édifice Aldred. - 1929. P174-Y-D002-003. Archives de la Ville de Montréal.

Dessin architecturale de l’édifice Aldred. 1929. P174-Y-D002-003. Archives de la Ville de Montréal.

Une collaboration spéciale de Alex Lauzon, stagiaire à la Section des archives.

Depuis peu, la Collection Édifice Aldred (P174) est disponible via le catalogue des Archives de la Ville de Montréal. Cette collection documente l’histoire de ce bâtiment dès son édification en 1929. On y retrouve notamment des photographies de l’architecture extérieure et intérieure de ce bâtiment, des cahiers thématiques ainsi que des coupures de presse. Érigé il y a 90 ans, en avril 1931, cet immeuble situé sur la place d’Armes est reconnaissable par sa forme pyramidale et son style purement Art déco. Ce bâtiment est un témoin éminent de l’évolution économique et urbaine de la première moitié du 20e siècle.

Le bâtiment est l’œuvre d’Ernest Barott, un architecte né aux États-Unis, installé à Montréal à partir de 1912. La même année, Barott fonde une firme d’architectes avec Daniel T. Webster et Gordon H. Blackader : Barott, Blackader & Webster. Dès sa création, la firme a déjà une excellente réputation. Toutefois, cette association ne durera pas. En 1916, Blackader s’enrôle dans l’armée et meurt près d’Ypres. Webster, quant à lui, quitte la firme l’année suivante. Dès lors, Barott conserve le nom de son associé mort au combat et poursuit ses activités à Montréal avec la firme Barott & Blackader, chargée de la conception de l’édifice Aldred. Il travaille principalement à des immeubles commerciaux et des résidences privées de Montréal, tout en honorant des contrats à travers le pays jusque dans les années 1950. (Wagg, 1985, p. 11)

Plan d'occupation du sol du secteur de la place d'Armes. 1949. VM165-1-2_53-69A (détail). Archives de la Ville de Montréal.

Plan d’occupation du sol du secteur de la place d’Armes. 1949. VM165-1-2_53-69A (détail). Archives de la Ville de Montréal.

Place d'Armes. - 1966. VM094-Y-1-01-D1185. Archives de la Ville de Montréal.

Place d’Armes. – 1966. VM094-Y-1-01-D1185. Archives de la Ville de Montréal.

Les bâtiments conçus par cet architecte sont issus du développement économique et industriel de Montréal, alors métropole du Canada. En effet, Barott est connu pour avoir travaillé sur la conception de plusieurs immeubles montréalais contemporains à l’édifice Aldred comme le siège social de Bell dans la côte du Beaver Hall et la Canada Cement Company sur le square Phillips.

L’édifice Aldred, construit entre 1929 et 1931, est par ailleurs une commande de John Edward Aldred, président d’une firme de courtage portant son nom et de la compagnie d’électricité Shawinigan Water and Power Co.

Square Phillips: Henry Morgan: Birks: [avant le 6 septembre 1930]. Reproduction le 13 janvier 1966 VM94-Z1627. Archives de la Ville de Montréal.

Square Phillips: Henry Morgan: Birks: [avant le 6 septembre 1930]. Reproduction le 13 janvier 1966. VM94-Z1627. Archives de la Ville de Montréal.

Début de la construction de l'édifice Aldred. 1929. P174-Y-D002-005. Archives de la Ville de Montréal.

Début de la construction de l’édifice Aldred. 1930. P174-Y-D002-005. Archives de la Ville de Montréal.

Outre les locaux de la Aldred and Co., l’édifice comporte environ 80 adresses de bureaux en 1935, logeant principalement des compagnies d’assurances, d’avocats et des institutions financières. Il est intéressant de constater qu’encore aujourd’hui, les locataires sont encore principalement des notaires et des avocats. En outre, on y trouve également des compagnies technologiques et de design depuis le début des années 2000.

Considéré comme l’un des premiers gratte-ciels montréalais de style Art Déco, cet édifice remarquable est emblématique de l’époque qui l’a vu naître. En dessinant l’édifice Aldred, Barott a su adapter le style art déco au contexte québécois. En effet, on y observe des bas-reliefs à motifs de pin, de chêne et de branches d’érables qui accompagnent plusieurs motifs géométriques typiques du style Art déco, soulignant ainsi la nature nordique de la métropole. L’intérieur est richement décoré de marbre, de bronze gravé et de fer forgé. (Ville de Montréal, 2014) (Cohen-Rose, 2011, p.11)

Construction de l’édifice Aldred. 1931. P174-Y-D002-007. Archives de la Ville de Montréal.

Construction de l’édifice Aldred. 1930. P174-Y-D002-007. Archives de la Ville de Montréal.

L’édifice Aldred est un des premiers bâtiments à profiter de l’assouplissement du règlement 260 limitant la hauteur des édifices. En effet, dès 1901, il est interdit de construire des immeubles de plus de 10 étages (règlement 306). En 1929, la Ville de Montréal amende ce règlement afin de maximiser l’ensoleillement des places publiques sans toutefois freiner le développement immobilier (règlement 1003). Inspiré de règlements similaires adoptés dans les grandes villes nord-américaines comme New-York, cet amendement permet les constructions en hauteur, mais oblige des retraits en degrés des immeubles, d’où l’utilisation de la forme pyramidale caractéristique de l’architecture Art déco. (Marsan, 2001, p. 301)

Afin de satisfaire les exigences de l’époque, l’édifice Aldred est doté de 840 fenêtres, permettant de laisser entrer la lumière naturelle en plus de favoriser une meilleure aération, répondant ainsi aux inquiétudes des détracteurs de la construction en hauteur.

Plusieurs facteurs ont permis de préserver l’édifice Aldred, ainsi que tous les bâtiments historiques du centre d’affaires du Vieux-Montréal. Dans un premier temps, le centre-ville migre vers le Nord-Ouest en direction du Mont-Royal après la Seconde Guerre mondiale. Ce déplacement géographique dans la métropole s’accompagne d’une migration des capitaux vers Toronto qui s’impose comme nouvelle métropole économique au détriment de Montréal. Finalement, la constitution de l’arrondissement historique de Montréal en 1964 sous la direction du gouvernement de Jean Lesage permet de reconnaître officiellement la valeur historique et architecturale du Vieux-Montréal. (Mongrain ; Poitras, 2010, p. 95)

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Pour accéder à l’ensemble de la collection : https://archivesdemontreal.ica-atom.org/collection-edifice-aldred-1895-1985

Pour accéder à notre album photo :
https://www.flickr.com/photos/archivesmontreal/albums/72157718573142593

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Bibliographie :

Cohen-Rose, S. (2011). Art déco : Montréal moderne. Continuité, (128), 10–12. https://id.erudit.org/iderudit/64360ac

Mongrain, G. et C. Poitras. (2010). Les centres d’affaires au début du XXe siècle. Montréal et les villes comparables. Rapport présenté au Bureau de la mise en valeur du Vieux-Montréal de la Ville de Montréal. Montréal : Centre Urbanisation Culture Société, 106 p. http://espace.inrs.ca/id/eprint/5009/1/CentresAffaires.pdf

Ville de Montréal. 2014. Fiche patrimoniale de l’édifice Aldred. http://www.vieux.montreal.qc.ca/inventaire/fiches/fiche_bat.php?sec=r&num=17

Wagg, S. W., Barott, E. I., & Centre canadien d’architecture. (1985). Ernest isbell Barott, architecte : une introduction = ernest isbell barott, architect : an introduction. Centre canadien d’architecture = Canadian Centre for Architecture.

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