Perspectives allochtones sur les réalités autochtones : photographies

Par Anne-Marie Dubreuil

Afin de documenter l’angle allochtone du « portrait cubiste » de l’histoire des peuples autochtones et des relations coloniales, les documents photographiques des Archives de Montréal peuvent représenter des sources de grand intérêt. Reprenons notre incursion thématique au sein des Archives alors que nous mettrons en exergue cinq ensembles documentaires comprenant des photographies ayant trait aux réalités autochtones des XIXe, XXe et XXIe siècles.

Sous-série « Collection initiale » du fonds Edgar Gariépy (BM042-Y-1)

Le photographe et peintre Edgar Gariépy a sillonné le Québec au cours de la première moitié du XXe siècle pour en extraire des clichés, dont plusieurs nous offrent un regard sur l’histoire coloniale. En effet, Gariépy s’est intéressé aux entreprises missionnaires du Fort de la Montagne (1676-1696) et de la Jeune-Lorette (1697, aujourd’hui Wendake), dont il a documenté les traces.

De plus, il a en plusieurs occasions photographié des membres de la communauté de Kahnawake, tantôt lors d’un événement religieux, tantôt dans le cadre d’une rencontre avec le notaire et président de la Société historique de Montréal Victor Morin, tantôt lors des célébrations entourant la fin de la Première Guerre mondiale. Également, quelques-unes de ses photographies présentent les lieux de Kahnawake.

Membres de la communauté de Kahnawake participant à la procession de la victoire, photographie d’Edgar Gariépy, 19 novembre 1918, Archives de la Ville de Montréal, BM042-Y-1-P1050.

Membres de la communauté de Kahnawake participant à la procession de la victoire, photographie d’Edgar Gariépy, 19 novembre 1918, Archives de la Ville de Montréal, BM042-Y-1-P1050.

Dossier « Photographies utilisées comme matériel de travail » du fonds Louis-Philippe Hébert (BM028-3-3)

Qu'Appelle Indian Industrial School, salle de couture, entre 1880 et 1901. Archives de la Ville de Montréal, BM28-3_3-030.

Qu’Appelle Indian Industrial School, salle de couture, entre 1880 et 1901. Archives de la Ville de Montréal, BM28-3_3-030.

Ce dossier disparate regroupe des photographies n’ayant comme unique point commun que d’avoir été utilisées comme modèles par le dessinateur et sculpteur Louis-Philippe Hébert. On y retrouve notamment un ensemble de photographies documentant les réalités coloniales des provinces du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, ainsi que des Territoires du Nord-Ouest. Plus précisément, les photographies réunies par Hébert montrent les pensionnaires autochtones, les personnes allochtones en autorité et les bâtiments de plusieurs pensionnats autochtones, ainsi que les habitants et les lieux de quelques réserves de ces provinces et territoires.

Sous-série « Studio multimédia » du fonds Service des affaires institutionnelles (VM094-Y-1)

Les photographes du studio multimédia de la ville de Montréal laissent à la postérité plusieurs centaines de milliers de photographies portant sur divers aspects et événements de la vie montréalaise. Parmi cette imposante masse documentaire figurent de nombreuses photographies illustrant la représentation des Autochtones, de leurs cultures et de leur histoire élaborée par des Allochtones, des monuments érigés dans l’espace public à un « village inuit » établi pour la Fête des Neiges, en passant par les chars allégoriques de la Saint-Jean-Baptiste.

Char allégorique représentant Catherine Tékakwitha, 24 juin 1954. Archives de la Ville de Montréal, VM094-Y-1-17-D0527-P18.

Char allégorique représentant Kateri Tekakwitha, 24 juin 1954. Archives de la Ville de Montréal, VM094-Y-1-17-D0527-P18.

Pavillon des Indiens du Canada de Terre des Hommes, photographie du Service des relations publiques, 1969 ou 1970. Archives de la Ville de Montréal, VM94-EX273-0921.

Pavillon des Indiens du Canada de Terre des Hommes, photographie du Service des relations publiques, 1969 ou 1970. Archives de la Ville de Montréal, VM94-EX273-0921.

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De plus, cette sous-série regorge de reportages photographiques sur les multiples pavillons d’Expo 67, incluant celui des Indiens du Canada. Il s’agit alors de clichés d’une double représentation : représentation allochtone des cultures autochtones dans le cas de l’architecture du pavillon, et représentation par des personnes autochtones de leurs propres cultures dans le cas des œuvres d’art exposées ainsi que dans le contenu du pavillon.

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Enfin, plusieurs reportages photographiques des décennies 1990, 2000 et 2010 témoignent d’événements visant le développement de relations de reconnaissance et de réconciliation entre la ville de Montréal et les communautés autochtones du Québec.

Dossier « Album de photographies » du fonds Montreal La Crosse Club (BM067-D1)

Équipe de crosse de Kahnawake, 26 juin 1876. Archives de la Ville de Montréal, page 35 de l’album de photographies du Montreal La Crosse Club, BM067-D1.

Équipe de crosse de Kahnawake, 26 juin 1876. Archives de la Ville de Montréal, page 35 de l’album de photographies du Montreal La Crosse Club, BM067-D1.

Le 26 juin 1876 au Château de Windsor, un match de crosse, auquel assiste nulle autre que la reine Victoria, oppose l’équipe canadienne amateur et l’équipe de Kahnawake. Cet album de photographies, qui a été offert à la reine et exposé à la Royal Victoria Library de Windsor avant de revenir à Montréal en 1954, immortalise l’événement avec ses portraits des membres des deux équipes, signés William Notman.

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Une photographie de la série « Vie publique » du fonds Camillien Houde (P146-2-2-D1-P004)

Inscrite au sein du dossier de photographies documentant la vie publique du maire Camillien Houde au cours des années 1920, cette photographie mérite selon nous sa mention solo : elle témoigne des relations diplomatiques entre la ville de Montréal et Kahnawake à la fin des années 1920.

Le maire de Montréal M. Camillien Houde est nommé "Shakoskontakwas" ou "Sauveur de Montréal", 9 juin 1929. Archives de la Ville de Montréal, P146-2-2-D1-P004.

Le maire de Montréal M. Camillien Houde est nommé « Shakoskontakwas » ou « Sauveur de Montréal », 9 juin 1929. Archives de la Ville de Montréal, P146-2-2-D1-P004.


Ne manquez pas notre troisième et dernier article, où nous découvrirons des documents textuels des XVIIIe et XIXe siècles qui nous renseignent sur l’histoire des relations coloniales du point de vue allochtone.

 

Vous voulez en voir davantage? Voici quelques autres documents d’intérêt extraits des ensembles présentés :

BM042-Y-1 :

BM028-3-3 :

VM094-Y-1 :

 

Pour lire notre article précédent :

Perspectives allochtones sur les réalités autochtones : estampes, peintures, cartes et plans

Sources

Bernard, M. N. (2014). Les Hurons et les autres : l’intégration de l’étranger à travers les pratiques de reproduction familiale au village de la Jeune-Lorette (1761-1801) (Mémoire de maîtrise). Université du Québec à Montréal. Récupéré de https://archipel.uqam.ca/7107/1/M13670.pdf

Chalifoux, É. (2009). Près de trois siècles de revendications territoriales. Recherches amérindiennes au Québec, 39 (1-2), 109-113. https://doi.org/10.7202/045001ar

Commission de vérité et réconciliation du Canada. Pensionnats indiens – Lieu et nombre. Récupéré de http://www.trc.ca/about-us/residential-school-fr.html

Fondation autochtone de l’espoir. Que sont les enfants devenus? L’expérience des pensionnats autochtones. Récupéré de http://lesenfantsdevenus.ca/fr/

Lackenbauer, P., Moses, J., Sheffield R. S., Gohier, M. (2010). Chapitre cinq : Les guerres mondiales. Dans Les Autochtones et l’expérience militaire canadienne : une histoire. Défense nationale, Direction – Histoire et patrimoine. Récupéré de http://www.cmp-cpm.forces.gc.ca/dhh-dhp/pub/boo-bro/abo-aut/chapter-chapitre-05-fra.asp

La Roche, R. (2013). Pavillons privés : Pavillon des Indiens du Canada. Récupéré de https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/sites/ville.montreal.qc.ca.memoiresdesmontre alais/files/documents/fiche_indiens_canada_final_web.pdf

Robert, M., Forest-Bonin, A., Bednarz, N. (2013). Quand les archives racontent Montréal : 100 pièces d’exception. Québec : Publications du Québec.


Si les enjeux relatifs aux réalités autochtones vous intéressent, nous vous suggérons la lecture des documents suivants :

Mythes et réalités sur les peuples autochtones, Pierre Lepage, Institut Tshakapesh, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (3e édition 2019, 1ère édition 2002)

Guide pédagogique de Wapikoni : Introduction à la diversité des cultures autochtones au Canada, Mélanie Brière en collaboration avec Isabelle Picard, Wapikoni (2019)


À propos de l’autrice : Anne-Marie Dubreuil, stagiaire à la Section des archives de la ville de Montréal, est candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal. Ses intérêts de recherche portent sur l’histoire canadienne, notamment l’histoire des relations coloniales. Elle a complété la concentration de premier cycle en études autochtones de l’UQÀM et œuvre contractuellement comme assistante de recherche, sur des projets relatifs à l’histoire des peuples autochtones, pour Historicé Consultants.

 

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