Chronique Montréalité no 53 : Les Amérindiens, de la préhistoire à la Grande paix


Pour une cinquième saison, et maintenant une fois par mois, une chronique des Archives de Montréal est présentée à l’émission Montréalité sur la chaîne MAtv (http://montrealite.tv/). Vous pourrez revoir les archives sélectionnées et aussi lire les informations diffusées et parfois inédites. Regardez notre chronique à la télé et venez lire notre article sur archivesdemontreal.com.

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Préhistoire

L’archéologie nous a fait découvrir que les premiers autochtones ont commencé à fréquenter l’île de Montréal, il y a près de 4 000 ans. Ces premiers humains ont été désignés sous le nom de Laurentiens de l’Archaïque. Ces derniers s’intéressent à Montréal car l’île est un carrefour où l’on retrouve les grandes voies d’eau, où circulent les personnes et les objets.

Rapides de Lachine, fin 19e siècle, BM42-G0341

Rapides de Lachine, fin 19e siècle, BM42-G0341

Autour de l’an 1000, les autochtones commencent à faire pousser du maïs, des courges, des haricots et des citrouilles sur l’île. Près de 300 plus tard, ils se sédentarisent et érigent des villages agricoles. Ce sont les Iroquoiens du Saint-Laurent.

Hochelaga

Au moment de l’arrivée de Jacques Cartier sur l’île de Montréal en octobre 1535, le village iroquoien d’Hochelaga compte de 1500 à 2000 personnes. On y retrouve 50 maisons longues où vivent de 30 à 40 personnes.

La terra de Hochelaga nella Nova Francia, plan de Giovanni Battista Ramusio, 1556. VM6-D4000-3-004

La terra de Hochelaga nella Nova Francia, plan de Giovanni Battista Ramusio, 1556. VM6-D4000-3-004

Ce village est entouré d’une palissade protégeant les Iroquoiens de leurs ennemis, probablement des Iroquois et des Hurons issus de la même famille linguistique que ceux d’Hochelaga.

Hurons en forêt, vers 1710, BM7-2_14P007_C14-42485

Hurons en forêt, vers 1710, BM7-2_14P007_C14-42485

Toutefois, au moment de la visite de Samuel de Champlain en 1603, le village et les Iroquoiens ont disparus. Est-ce en raison des maladies apportées par les Européens, les guerres ou les deux? Mystère. Quoi qu’il en soit, il est probable que les autres nations amérindiennes aient intégrés les survivants.

Iroquois

Au moment où Montréal est fondé en 1642, le lieu est certes inhabité mais il en est tout de même un de rencontre et de traite des fourrures.

Chasse au castor, fin du 18e siècle, BM5-3_18P038_C66-1726

Chasse au castor, fin du 18e siècle, BM5-3_18P038_C66-1726

La région fait alors partie à la fois de la zone d’influence des Iroquois – dont le territoire ancestral est l’état de New York – et des Algonquins de l’Outaouais.

Dès les premières années de la petite colonie française, on assiste à des raids iroquois qui font au moins 5 victimes par année.

Iroquois allant à la découverte par Jacques Grasset de Saint-Sauveur, entre 1796 et 1804, BM5-3_18P051_C66-1739b

Iroquois allant à la découverte par Jacques Grasset de Saint-Sauveur, entre 1796 et 1804, BM5-3_18P051_C66-1739

Jusqu’à la fin du siècle, on assiste à des périodes de guerres et de paix en alternance. En 1667, des Iroquois viennent s’installer sur la rive sud à la mission jésuite de Kentake (Laprairie) qui est déplacée quelques années plus tard en face du Sault Saint-Louis (rapides de Lachine) et rénommée Kahnawake.

Résidence des missionnaires de Kahnawake, reproduction Edgar Gariépy, début du 20e siècle, BM42-G0901_pl-ver

Résidence des missionnaires de Kahnawake, reproduction Edgar Gariépy, début du 20e siècle, BM42-G0901_pl-ver

La plus célèbre des résidentes de la mission amérindiennes est une jeune mohawk convertie au christianisme, Kateri Tekalwitha. Elle fut canonisée en 2012, ce qui en fait la première sainte autochtone de l’Amérique du Nord.

Kateri Tekakwitha, début du 20e siècle, BM1-5P0356

Kateri Tekakwitha, début du 20e siècle, BM1-5P0356

En 1675, au pied du mont Royal, les Sulpiciens établissent aussi leur propre mission regroupant Iroquois et Algonquins. Ils y construisent un fort en 1685 dont il ne reste que les deux tours de la rue Sherbrooke. Cette mission sera déplacée au Sault-au-Récollet en 1696 puis à Oka (Kanesatake) en 1721.

Tours du fort de la montagne prise du Jardin du Collège, photo Edgar Gariépy, vers 1920. BM42-G0158

Tours du fort de la montagne prise du Jardin du Collège, photo Edgar Gariépy, vers 1920. BM42-G0158

Grande paix de Montréal

À partir de la décennie 1680, on assiste à un cycle d’attaques et de représailles qui culminent avec le massacre de Lachine en 1689 de même que les raids en pays iroquois et dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre durant les années qui suivent.

Vers 1697, de longues négociations débutent entre les diverses nations amérindiennes et les Français.

Du 23 juillet au 7 août 1701, 1300 représentants de 39 nations autochtones se rassemblent à Montréal pour conclure la paix, a une époque où l’île dispose d’une population de près de 3 000 personnes.

Abénakise et Abénaki, vers 1750-1770, BM7-2_27P002

Abénakise et Abénaki, vers 1750-1770, BM7-2_27P002

Les différentes nations s’installent le long de la palissade à la Pointe-à-Callière,
sauf les Iroquois. Ces derniers dressent plutôt leur campement à l’intérieur de la ville chez le négociateur Paul Lemoyne de Maricourt, fils de Charles Lemoyne et frère de Pierre Lemoyne D’Iberville.

Guerrier Iroquois par Jacques Grasset de Saint-Sauveur, entre 1796 et 1804, BM5-3_18P051_C66-1746

Guerrier Iroquois par Jacques Grasset de Saint-Sauveur, entre 1796 et 1804, BM5-3_18P051_C66-1746

L’un des grands artisans de cette paix est le chef Huron Kondarionk, décédé le 1er août et qui aura de grandioses funérailles à l’église Notre-Dame.

Huronne et Huron, vers 1750-1770, BM7-2_27P003

Huronne et Huron, vers 1750-1770, BM7-2_27P003

La ratification du traité a lieu le 4 août dans une enceinte érigée en dehors de la ville, à la demande du gouverneur de Callière.

La grande cérémonie protocolaire se fait par l’échange de wampums et du calumet pour les autochtones, et la signature d’un traité de paix pour les Français. Chaque nation appose sa marque ou son dessin sur le document dont l’original est conservé en France, aux Archives nationales d’outre mer.

Cette paix, qui sera durable, mettra finalement fin au conflit quasi-permanent avec les Iroquois.

A Sachem exhorting the Indians to War par Wale, vers 1790, BM7-2_14P008_C14-42486

A Sachem exhorting the Indians to War par Wale, vers 1790, BM7-2_14P008_C14-42486

Sources

Delage, Denys. «Le 4 août 1701 – La Grande paix de Montréal : Les Français et les Amérindiens concluent une alliance décisive», Conférence à l’auditorium de la Grande Bibliothèque, Montréal, 11 janvier 2012 (Dix journées qui ont fait le Québec). http://www.fondationlionelgroulx.org/Le-4-aout-1701-La-Grande-Paix-de.html et https://www.canal-u.tv/video/fondation_lionel_groulx/le_4_aout_1701_mdash_la_grande_paix_de_montreal_les_francais_et_les_amerindiens_concluent_une_alliance_decisive.14091

Viau, Roland. «L’esprit des lieux : Montréal avant Cartier», Histoire de Montréal et de sa région sous la dir. de Dany Fougères, Presses de L’Université Laval, 2012, p. 41-69.

Viau, Roland. «Sur les décombres d’Hochelaga, 1535-1650», Histoire de Montréal et de sa région sous la dir. de Dany Fougères, Presses de L’Université Laval, 2012, p. 71-103.

Viau, Roland. «L’archipel du négoce», Histoire de Montréal et de sa région sous la dir. de Dany Fougères, Presses de L’Université Laval, 2012, p. 105-163.

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