Chronique Montréalité no 40 : Le 350e anniversaire de Montréal, 1992

À tous les lundis et pour une troisième saison, une chronique des Archives de Montréal est présentée à l’émission Montréalité sur la chaîne MAtv (http://montrealite.tv/). Vous pourrez revoir les archives sélectionnées et aussi lire les informations diffusées et inédites. Regardez notre chronique à la télé et venez lire notre article sur archivesdemontreal.com.

***

La création de la Corporation des Fêtes 

C’est en 1985 que le maire Jean Drapeau évoque la possibilité de fêter le 350e pour 1992.
Ce sera finalement en 1988, sous le règne du maire Jean Doré (élu en 1986), qu’une corporation privée à but non lucratif est mise sur pied.

Jean Doré lors de l'inauguration des fêtes du 350e, 17 juillet 1992, VM94-U6251-021

Jean Doré lors de l’inauguration des fêtes du 350e, 17 juillet 1992, VM94-U6251-021

À la fin de cette même année, lors de la première réunion du conseil d’administration, le maire Doré présente les orientations définies par la Ville. La présidence de la Corporation est confiée au recteur de l’Université Concordia, Patrick Keniff.

L’année 1989 est marquée par la formation du Bureau des gouverneurs dont les patrons d’honneur sont le premier ministre canadien Brian Mulroney, le premier ministre du Québec Robert Bourassa et le maire Jean Doré.

Andrée et Robert Bourassa, Mila et Brian Mulroney lors de l'inauguration des fêtes du 350e, 17 juillet 1992, VM94-U6251-037

Andrée et Robert Bourassa, Mila et Brian Mulroney lors de l’inauguration des fêtes du 350e, 17 juillet 1992, VM94-U6251-037

Toutefois, l’année suivante, le vice-président et directeur général démissionne et est remplacé. Il n’en faut pas plus pour que les grands titres de La Presse et du Devoir soient «Rien ne va plus à Montréal 1992» et «Le torchon brûle à la Corporation des fêtes».
À cette époque, les médias qualifient l’éventuel événement de fiasco ou de catastrophe appréhendée.

Le calme revient avec l’annonce des contributions de 10 millions chacun des gouvernements québécois et canadien. Plusieurs mois plus tard, le scepticisme des médias prend fin avec l’arrivée des quatre commanditaires majeurs : Coca-Cola, Ford, Esso et Molson O’Keefe.

Bannière des fêtes du 350e, 1992, VM94-U6215-004

Bannière des fêtes du 350e, 1992, VM94-U6215-004

La programmation

La Corporation des fêtes misait sur «trois caractéristiques incontournables qui constituent les valeurs sûres de Montréal : Montréal, un art de vivre particulier; Montréal, une source de créativité; Montréal, ville internationale (Rapport final, p. 24)».

La Place Jacques-Cartier et l'hôtel de ville de Montréal, 1992, VM94-A1061-221

La Place Jacques-Cartier et l’hôtel de ville de Montréal, 1992, VM94-A1061-221

Lors de l’appel de propositions, la Corporation reçoit 1000 projets dont 300 sont réalisés. Un grand concours est aussi lancé pour une chanson-thème. Le jury présidé par Luc Plamondon choisit la chanson «Un bateau dans une bouteille» (et non «Une bouteille à la mer», tel que mentionné dans l’extrait vidéo), texte de Christian Mistral et musique de Dan Bigras. La chanson, interprétée par Bigras et Nanette Workman, est présentée le 15 mai avant le concert télédiffusé de l’Orchestre métropolitain dirigé par Agnès Grossman.

Le programme officiel comprend 491 activités dont un peu moins de la moitié sont produits par la Corporation tandis que l’autre partie provient de partenaires de réalisation (organismes, entreprises, festivals, compagnies de théâtre et musées) et de partenaires de la communauté pour les fêtes de quartier.

Les équipements du 350e

À l’été 1992, le visage du Vieux-Montréal change radicalement. Le Vieux-Port est remis à neuf et plus invitant, le champ de Mars n’est plus un stationnement et l’immeuble Chaussegros de Léry prend la place d’un stationnement à ciel ouvert. Le Marché Bonsecours, fermé au public depuis 1964, rouvre ses portes avec une grande exposition historique préparée par le Musée de la civilisation.

Le marché Bonsecours et le centre-ville de Montréal, 1992, VM94-A1051-031

Le marché Bonsecours et le centre-ville de Montréal, 1992, VM94-A1051-031

L’anniversaire est aussi l’occasion d’inaugurer de nouveaux équipements culturels tels que le musée Pointe-à-Callière sur l’histoire et l’archéologie de Montréal, le Musée d’art contemporain ou le Biodôme. C’est aussi le réaménagement du parc des Îles (futur  parc Jean-Drapeau) et de l’aménagement du Square Berri (Place du 350e et ensuite Place Émilie-Gamelin).

Pointe-à-Callière, musée d'archéologie et d'histoire de Montréal, 17 mai 1992, VM94-U6251-091

Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal, 17 mai 1992, VM94-U6251-091

Inauguration du Biodôme en présence du premier ministre Bourassa et du maire Jean Doré, 1992, VM94-U6299-055

Inauguration du Biodôme en présence du premier ministre Bourassa et du maire Jean Doré, 1992, VM94-U6299-055

Les festivités

Les fêtes d’ouverture se tiennent du 16 au 18 mai 1992. La Corporation estime que plus d’un million de personnes ont envahi les différents sites dont plus de 550 000 au Vieux-Port.

La soirée du 16 est marquée par le défilé carnavalesque la Nuit de Montréal conçu par Richard Blackburn et Michel Lemieux. L’événement attire 250 000 personnes le long du boulevard Saint-Laurent. Un immense feu d’artifice consacré à l’histoire de Montréal conclut la soirée. Le lendemain, journée anniversaire de la fondation de Montréal, Mgr Jean-Claude Turcotte préside la messe commémorative suivi du salut au monument de Maisonneuve à la Place d’Armes.

Le salut au monument de Maisonneuve, 17 mai 1992, P71-8-1-2P0051

Le salut au monument de Maisonneuve, 17 mai 1992, P71-8-1-2P0051

La foule se rend ensuite à pied sur le site du tout nouveau Musée Pointe-à-Callière pour l’inauguration officielle des Fêtes du 350e en présence du maire Doré et des premiers ministres Mulroney et Bourassa. Finalement, le 18 à la Basilique, Charles Dutoit dirige l’OSM pour le Te Deum de Berlioz.

Les lieux de célébrations sont divers : les différents musées, le jardin Botanique, le Biodôme, le stade olympique et les neuf arrondissements de Montréal. La Corporation a néanmoins identifié quatre site principaux : le Vieux-Port, le Parc des Îles, le marché Bonsecours et la Place du 350e.

Place du 350e, 1992, VM94-U6279-057

Place du 350e, 1992, VM94-U6279-057

De grands événements sont aussi organisés. Mentionnons, en premier lieu, «Le grand jeu de nuit» du Théatre sans fil dirigé par André Viens, un spectacle à saveur historique sur le parvis de la Basilique Notre-Dame.

Trois grands concerts de 10 heures chacun tenus au Parc des îles marquent les esprits en rassemblant plus de 300 artistes. Celui du 19 juillet s’intitule  «Montréal, ville francophone» et regroupe, entre autres, Julien Clerc, Diane Dufresne, Renaud, Michel Rivard et Gilles Vigneault. Le 25 juillet, c’est au tour de Dan Bigras, Cheb Mami, Claude Dubois, Nina Hagen, Murray Head et Marjo de chanter sous le thème de «Montréal reçoit». Finalement, le 15 août, le spectacle «Montréal, au rythme des Amériques» met en vedette  Joe Cocker, Céline Dion, Kashtin, Daniel Lavoie, Les Neville Brothers et Buffy Ste-Marie.

Dans les quartiers, la série d’événements la plus importante fut «Dimanche matin, Montréal m’attend» où 8 des 9 arrondissements de la Ville reçoivent des régions du Québec et qui rejoignent plus de 50 000 personnes.

Dimanche matin, Montréal m'attend au marché Maisonneuve, 1992, VM94-E8044-136

Dimanche matin, Montréal m’attend au marché Maisonneuve, 1992, VM94-E8044-136

Clôture et bilan

Les fêtes du 350e anniversaire de Montréal furent un grand succès et éclipsent facilement les modestes célébrations du 300e en 1942.

La clôture des 150 jours de festivités a lieu  le 12 octobre sous un chapiteau sur le champ de Mars devant 300 personnes. Le thème en est «Gardons Montréal en tête». La cérémonie est animée par Lise Payette avec la prestation du pianiste Oliver Jones et un monologue inédit d’Yvon Deschamps sur les bénévoles.

Le maire Jean Doré et l'animatrice Lise Payette lors de la cérémonie de clôture des Fêtes du 350e, 12 octobre 1992, VM94-E8100-165

Le maire Jean Doré et l’animatrice Lise Payette lors de la cérémonie de clôture des Fêtes du 350e, 12 octobre 1992, VM94-E8100-165

Par la suite, des personnalités prennent des engagements. Par exemple, le capitaine des Canadiens de Montréal Guy Carbonneau s’engage à ramener la coupe Stanley à Montréal ce qu’il a fait l’année suivante ou Antonine Maillet qui s’engage, quant à elle, à faire la promotion de Montréal comme métropole de la culture francophone d’Amérique.

Le maire Jean Doré termine son discours en affirmant que «Montréal mérite qu’on se batte pour son avenir».

Le bilan de la participation tout au long des fêtes est assurément positif car ils’élève à plus de 7 millions de personnes. En ce qui concerne les finances, tout déficit était impensable car les Montréalais, l’administration du maire Doré et les gouvernements avaient en mémoire le déficit olympique surtout celui de plus de 14 millions de dollars laissé par Québec 84. Dès lors, la prudence fut de mise et la Corporation dégagea  un surplus de 828 000$.

Les fêtes du 350e ne furent absolument pas la catastrophe appréhendée. Ce fut certes un des moments forts de la seconde administration du maire Jean Doré. Malheureusement, elles ne lui ont pas permis d’être réélu deux ans plus tard pour un troisième mandat.

Le maire Jean Doré devant l'installation de Melvin Charney à la Place du 350e, 1992,VM94-U6279-041

Le maire Jean Doré devant l’installation de Melvin Charney à la Place du 350e, 1992,VM94-U6279-041

Partagez cet article :

2 réponses à Chronique Montréalité no 40 : Le 350e anniversaire de Montréal, 1992

  1. Denis Latour dit :

    J’aimerais savoir si l’enregistrement du spectacle «Montréal, au rythme des Amériques» du 15 août 1992 qui mettait en vedette Joe Cocker, Céline Dion, Kashtin, Daniel Lavoie, Les Neville Brothers et Buffy Ste-Marie est disponible pour visionnement (ou achat). Je sais qu’une émission télévisée avait été produite, je crois que Donald Pilon était le MC.

    • Anick Forest Bonin dit :

      Bonjour monsieur Latour,

      Malheureusement, nous ne pouvons répondre à votre question. Chose certaine, nous n’avons pas de trace de cette émission dans nos archives.

      Bonne journée,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *