Chronique Montréalité no 5 : Brève histoire de la communauté noire de Montréal

Depuis le 21 janvier dernier et à tous les lundis, une chronique des Archives de Montréal est présentée à l’émission Montréalité sur la chaîne MAtv (http://montrealite.tv/). Vous pourrez revoir les archives sélectionnées et aussi lire les informations diffusées et inédites. Regardez notre chronique à la télé et venez lire notre article sur archivesdemontreal.com

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Présence des Noirs à Montréal

C’est à la fin du 17e siècle que l’on retrouve des esclaves noirs à Montréal. Il est courant, en Nouvelle-France, que des marchands et des membres du clergé possèdent des esclaves noirs ou autochtones. Ces derniers sont en plus grand nombre mais leur valeur s’avère moindre.

En 1689, le roi de France Louis XIV ne souhaite pas voir augmenter le nombre d’esclaves noirs dans la colonie car il craint que le climat canadien les fasse mourir.

Marie-Josèphe Angélique

Le 5 mars 1734, Marie-Josèphe Angélique, esclave noire de Mme de Francheville, est capturée suite à une évasion. Un mois plus tard, elle est accusée de l’incendie qui détruit le tiers de Montréal dont l’Hôtel-Dieu et 46 maisons.

Elle est torturée jusqu’à ce qu’elle avoue son crime et, condamnée à mort, elle est pendue sur les lieux de l’incendie. Avec des aveux obtenus sous de tels supplices, il est impossible de savoir si Angélique est véritablement coupable.

Livre de comptes du marchand Alexis Lemoine dit Monière, 1734, BM71_1

Jusqu’à la fin du régime français, outre les esclaves, il existe aussi des Noirs libres ou qui ont été affranchis par leur maître. En 1749, le  Montréalais François Dominique dit Mentor, «nègre de nation libre de sa personne» est engagé à titre d’apprenti orfèvre par Ignace Delzenne (Bessière, 2012, p. 49).

La Conquête et le régime anglais

Lorsque Montréal se rend aux Britanniques en 1760, le sort des esclaves demeure inchangé. Sur les 55 articles contenus dans la Capitulation de Montréal, on remarque l’article 47 qui concerne les esclaves, signe de l’importance qu’on leur accorde. On peut y lire qu’ils demeureront la propriété des Français et des Canadiens qui les possèdent déjà.

À compter du régime anglais, le nombre d’esclaves noirs augmente pour ensuite diminuer au début du 19e siècle. L’esclavage est aboli en 1834 soit 30 ans avant nos voisins du Sud


La communauté noire de Montréal

À compter de 1834 et jusqu’à la fin du 19e siècle, les Noirs sont présents dans différents endroits de Montréal mais ne sont pas regroupés (ce qui a laissé penser qu’ils étaient disparus, ce qui n’est évidemment pas le cas).

Intérieur de l'église Union United Church,  années 1970, VM6R4335-2-002

La communauté se développe réellement en 1897, au moment où les compagnies de chemin de fer commencent à recruter des Noirs montréalais, principalement d’origine antillaise. Le regroupement près des lieux de travail, dans le quartier Saint-Antoine (aujourd’hui la Petite Bourgogne), entraîne par la suite la création d’institutions spécifiques dont la première est le Colored Women’s Club en 1902 suivi en 1907 de l’Union Congregational Church (aujourd’hui Union United Church), un lieu de culte toujours existant à l’angle des rues Delisle et Atwater. En 1919, la University Negro Improvement Association est créée et, en 1927, ce sera au tour du Negro Community Center (NCC – Charles H. Este Cultural Center), dont la première campagne de souscription en 1927 est appuyée par le maire Médéric Martin.

La discrimination

La discrimination envers les Noirs est constamment présente dans l’histoire du Québec et du Canada. En 1911, le gouvernement de Wilfrid Laurier cherche à interdire l’immigration noire en utilisant le même argument que le roi de France 200 ans plus tôt, soit que le climat ne leur convient pas.

En 1946, un jeune couple qui marquera à jamais l’histoire de l’Amérique s’installe à Montréal, sur la rue de Gaspé : Rachel et Jackie Robinson. Embauché par les Royaux, il devient l’un des favoris de la foule montréalaise. D’ailleurs, le couple n’oubliera jamais cette ville où la discrimination semble peu présente. En réalité, les Noirs montréalais ont toutefois souvent dû revendiquer le droit d’être admis dans les établissements publics et commerciaux.

En 1962, lors d’un discours devant les membres du NCC, le maire Jean Drapeau déclare qu’il interviendra personnellement s’il apprend que des commerçants refusent de servir les personnes de couleur. Il va même plus loin en indiquant qu’il verra à faire retirer les permis municipaux aux commerçants qui font du racisme. Le maire invite aussi la communauté noire à prendre une part de plus en plus active aux questions municipales.

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L’histoire des Noirs de Montréal est d’une grande richesse. On peut ainsi songer à l’apport d’Oscar Peterson et d’Oliver Jones au jazz. Il ne faut jamais oublier que la métropole, à partir de la décennie 1920, est considérée comme l’une des scènes de jazz incontournables dans le circuit des grandes villes nord-américaines. Outre Peterson, les Count Basie, Duke Ellington et autres grands noms se produisent dans les clubs les plus réputés de Montréal  comme le Rockhead’s paradise ou le Café Saint-Michel.

Bassiste dans un club montréalais, 1964, VM94-S1-052

Durant les années 1940 à 1960, des familles qui ont pu améliorer leurs conditions de vie quittent leur quartier ouvrier pour s’établir à Notre-Dame-de-Grâce ou dans d’autres quartiers ou municipalités de la région montréalaise. De grands changements ont lieu à partir de la Révolution tranquille modifiant ainsi la répartition et la configuration de la communauté : le programme de revitalisation de la Petite Bourgogne élaboré par la Ville de Montréal et l’arrivée des immigrants haïtiens.

Enfants pratiquant  les premiers soins au Centre récréatif Notre-Dame-de-Grâce, vers 1958, VM105-NUM10-001

Composée principalement d’enseignants et de médecins fuyant la dictature de François Duvalier, la première importante vague d’immigrants haïtiens arrive à Montréal au début des années 1960. La seconde, dès 1968, regroupe cette fois une majorité de cols bleus et d’ouvriers qui s’établissent surtout dans les quartiers nord et nord-est de la ville. En 2014, la communauté haïtienne de Montréal compte plus de 100 000 membres actifs dans de nombreuses sphères d’activité.

Ensemble tropical d'Haiti à Terre des Hommes, 1968, VM94-EX136-318

L’édition 2014 du Mois de l’histoire des Noirs rend hommage au grand Nelson Mandela, décédé le 5 décembre 2013,  qui a mis fin au régime d’apartheid en Afrique du Sud. Né en 1918, il est emprisonné en 1964. Il n’est libéré que le 11 février 1990 et le 19 juin de la même année, il est reçu par le maire Jean Doré à l’hôtel de ville de Montréal.  Le seul autre endroit qu’il visite durant son séjour dans la métropole est le Negro Community Center / NCC Charles H. Est Cultural Center.

Nelson Mandela sur le Champ-de-Mars, 1990, VM94Y5432-80

Pour en savoir plus :

Bessière, Arnaud. La contribution des Noirs au Québec : Quatre siècles d’histoire partagée. Les Publications du Québec, 2012. 173 p.

Williams, Dorothy W. Les Noirs à Montréal : Essai de démographie urbaine. VLB éditeur, 1998. 212 p.

http://www.moishistoiredesnoirs.com

http://www.nccmontreal.org/

Album de 25 photos de Archives de Montréal sur la visite de Nelson Mandela le 19 juin 1990 : http://www.flickr.com/photos/archivesmontreal/sets/72157624457361088/

Affiche du mois de l'Histoire des Noirs, 1993, VM94,SZ,SS2,D1

 

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Une réponse à Chronique Montréalité no 5 : Brève histoire de la communauté noire de Montréal

  1. julie dit :

    This is very interesting…thanks for the succinct overview of this topic. Thought you obviously cannot discuss every aspect of black culture, I do think that you left out one rather important event: the Sir George Williams riots. They are important and interesting not only because they shed light on racism in Montreal but also because of the way the students framed their discontent in transnational terms and borrowed language from the Civil Rights movement.

    http://ici.radio-canada.ca/regions/Montreal/2014/02/15/001-45e-anniversaire-manifestations-sir-george-williams-emeutes-raciales.shtml?isAutoPlay=1

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